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Surfer’s Journal N° 90

    

    

    

Un grand MERCI à Céline Nguyen dont voici le texte ci-dessous et à toute l’équipe de Surfer’s Journal

 

DES VOYAGES AUX COLLAGES

Portrait de l’artiste peintre Céline Chat dont les couleurs hument les pays de chaleur et de vagues

Par Céline Nguyen

 

Alors que le 27ème Festival International de la Mode et de la Photographie de Hyères bat son plein, j’ai rendez-vous sur le port avec une enfant du pays, l’artiste surfeuse Céline Chat. Teint hâlé et démarche assurée, Céline vient à ma rencontre avec un grand sourire et me conduit jusqu’à son chaleureux studio face à la mer. 

Dans quelques semaines aura lieu le vernissage de la rétrospective qui lui sera consacrée à la fondation Carzou de Manosque. En attendant, même si elle garde son lumineux sourire, Céline est quelque peu sous pression: elle travaille sur sa dernière œuvre, inspirée de sa sculpture Surfer Rouge, tout en gérant l’organisation de l’exposition. « Au final, si tu veux que ce soit fait, il faut le faire toi, » déclare-t-elle, lucide, avant de rajouter « Mais je pense que c’est comme ça pour tout le monde. » A 36 ans, Céline est une artiste accomplie qui se donne les moyens de réaliser ses rêves de voyages, de surf et d’art.

Pourtant, le destin aurait pu en être autrement. Malgré ses prédispositions artistiques, Céline, fille d’une comptable et d’un militaire, se résolut à suivre des études scientifiques pour devenir professeur, un choix de carrière plus stable et rassurant pour ses parents. Mais l’été de ses 20 ans, une rencontre avec un surfer remit en question cette sage décision. De retour d’un surf trip en Indonésie, Titou, ancien windsurfer professionnel, enchanta la jeune fille avec ses récits de vagues tubulaires. A la fin de l’été, il repartit à l’aventure en Amérique Latine tandis que Céline, raisonnable, retourna à l’université finir sa scolarité. Pendant de longs mois, l’étudiante voyagea par procuration, attendant chaque semaine, le cœur battant, des nouvelles du bout du monde que son bien-aimé lui envoyait par fax. Il lui racontait ses sessions de surf avec les dauphins, tandis qu’elle découpait des photos dans les magazines pour mieux se représenter ces destinations exotiques. Une fois sa licence obtenue, Céline décida de suivre son cœur et son instinct, et partit découvrir le monde avec Titou, des Philippines à l’Australie, en passant par Tahiti. 

Alternant sessions de surf et séances de création, Céline a réussi à conjuguer ses deux passions et assume son choix de vie: « Au début, j’avais du mal à me dire que j’étais une artiste. Mais toute mon énergie passe dans ça, c’est comme un travail. Quand je vais dans un pays, ça reste toujours dans mon esprit. »  Ainsi, en voyage, elle s’imprègne des lieux et des rencontres avant de les intégrer à son travail sous la forme de collages, pigments ou techniques artisanales. « Ma démarche, c’est vraiment de vivre des choses, d’avoir des émotions, positives ou négatives d’ailleurs (car je pense que les deux peuvent être créatrices), et les retranscrire, » explique-t-elle. Par exemple, le tableau Les Sirènes du Sud illustre l’ambivalence des émotions ressenties sur place, entre fascination et innocencelatente. La toile se fait alors exutoire, tout en transportant le spectateur dans des contrées exotiques, comme une carte postale des lieux et des émotions. 

Si la culture locale est présente dans les œuvres de Céline Chat, on y retrouve également l’influence de la culture populaire occidentale et celle d’artistes tels que Chagall, Rodin, Basquiat et Picasso. Cette autodidacte, qui se nourrit de livres d’art et d’expositions (42 galeries visitées en une semaine à Paris!), revendique ses influences, « un peu comme le surfer qui observe Kelly Slater pour s’inspirer de son style. » Elle s’est ainsi constituée son petit laboratoire imaginaire, adoptant une démarche scientifique pour analyser et s’approprier ces nouvelles techniques. Esprit libre et indépendant, Céline s’affranchit des contraintes commerciales en favorisant les petites séries pour suivre son inspiration du moment: « J’aime laisser parler mon inconscient, je m’invente des histoires. » Justement, après une décennie remplie de surf, d’art et de voyages, elle entame un nouveau chapitre de son histoire personnelle. Si Céline commence à envisager la maternité, son travail prend lui aussi un virage inédit avec un thème plus urbain. Après les îles, les villes. C’est New York qui l’attire à présent. Ses dernières œuvres reflètent ces nouvelles envies d’ailleurs, et opposent la violence des mots de notre quotidien (« crise », « conflits ») à la puissance et l’idéalisme de ses sirènes surfeuses. Pour Céline, l’art est un mode d’expression mais aussi d’interrogation et d’émulation: « Si ça peut permettre à la personne qui a acheté mon tableau, en rentrant chez elle le soir, de s’évader, c’est très bien, et si ça peut aussi motiver d’autres nanas à se dire, ‘moi aussi, pourquoi pas, j’ai envie de mettre ma petite pierre à l’édifice’…, » explique-t-elle en souriant. 

Entre existentialisme et introspection, l’artiste répond avec spontanéité à la question de sa motivation: « C’est essayer d’être heureuse, de rendre les gens autour de soi heureux (…) Faire sa petite œuvre, donner sa petite vision d’une femme du 21ème siècle qui voyage, qui surfe et qui est libre, qui essaie d’être libre. Après, ça plaît ou ça ne plaît pas, mais c’est quand même unique, car il n’y a qu’une personne comme soi. » 

Céline NGUYEN

 

  • Jeremias Tamayo Paz

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